Vahit Tuna : l’artiste turc engagé qui dénonce les violences conjugales


Crédit photo : Compte Instagram de @vahittuna


En Turquie la prise de conscience des violences conjugales a seulement débuté en août 2018 lorsque Emine Bulut a été poignardée par son ex-mari devant les yeux de leur fille de 10 ans à une terrasse de café. Cette femme est alors devenue le symbole de cette violence et nul doute que Vahit Tuna fût touché par cette tragédie.


Vahit Tuna a décidé d’exposer à Kabatas au nord d’Istanbul, sur un mur prêté par la ville, 440 paires de chaussures à talon symbolisant les 440 femmes mortes en 2018 sous les coups de leurs maris ou ex-maris. Alors oui, assimiler la femme à des talons peut être réducteur et peut faire hisser les poils de beaucoup de femmes et d’hommes. Mais allons chercher plus loin que ça. Ne nous arrêtons pas à cette réduction et essayons de comprendre le message de l’artiste et l’intérêt de cet évènement original qui éveille les consciences.


Grâce au projet Yanköçe, chaque année un artiste utilise les deux murs d’un bâtiment pour y proposer un projet qu’il a réalisé. C’est une plateforme d’art à but non lucratif et cette exposition grandeur nature réalisée par Vahit Tuna s’appelle, aussi surprenant que cela puisse paraitre, « Untitled ». Cette appellation a d’ailleurs fait quelques polémiques puisque jugé irrespectueux pour toutes ces femmes de nommer ainsi l’exposition et qu’elles valaient plus que ça. Mais cela reste le choix de l’artiste et peut-être faut-il le respecter. Il est aussi possible de comprendre grâce à ce titre que toutes ces violences sont inqualifiables et qu’il était nécessaire pour Vahit Tuna afin de provoquer un « choc » chez les spectateurs. C’est aussi un moyen comme un autre de faire parler de son œuvre.

L’artiste a posé en septembre 2019 ces 440 paires pour une durée de six mois, de quoi interpeller les passant(e)s.

Les talons représentent selon Tuna la puissance de la femme, l’indépendance féminine mais aussi la défiance. De plus, ce qui est intéressant à savoir, c’est qu’en Turquie il y a une coutume funéraire qui consiste à accrocher les chaussures en dehors de la maison du défunt. Cela fait partie du deuil.


Grâce au fait que cette exposition soit dans la rue, elle reste accessible pour tout le monde : enfants, femmes, hommes de tous les âges, de tous les milieux sociaux et n’importe qui peut être percuté par le message que l’artiste souhaite faire véhiculer. Enfin, le public apprécie que ce soit un homme qui s’exprime sur cette cause et non pas « encore » les féministes qui ont déjà beaucoup œuvré. Il montre ainsi que toute la population est concernée et que chacun peut agir, dénoncer à différents niveaux.

Pour information, le nombre de féminicides est 4 fois plus important en Turquie qu’en France.


Voici un lien d’une interview donnée par l’artiste à CCIQ press trouvée dans la bio de l’instagram de Vahit Tuna : https://www.cciqpress.com/2020/01/interview-with-installation-artist.html?m=1



Miléna Rossi

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