Xénophobie en Amérique du Sud : le rejet des Vénézuéliens

Un échange universitaire au Pérou promet visites culturelles, escapades montagneuses et soirées arrosées au Pisco Sour. C’est aussi la découverte de réalités sociales douloureuses. Quelques lignes pour évoquer les trajectoires de ces jeunes vénézuéliens fuyant leur pays face à un régime répressif.



Anderson, 26 ans, vit à Arequipa dans le sud du Pérou depuis près de deux ans. Il enchaine les emplois précaires. Un temps cuisinier dans un restaurant, une autre fois livreur pour Rappi, la version sud-américaine de Uber Eats, il frôle les 80 heures de travail par semaine. Le tout pour une rémunération au lance-pierre : autour de 1000 soles péruviens par mois (soit environ 270 euros). Au Pérou, le salaire minimum pour un travail à horaires « normaux » est de 900 soles bruts. A l’origine, il est titulaire d’un master en finance. Cependant, peut-il espérer mieux alors que lui et ses compatriotes sont pointés du doigt par les Péruviens et que ses diplômes n’ont pas d’équivalence ? Souvent, il s’interroge sur son avenir car les perspectives de ce dernier ne sont guère réjouissantes.




L’Europe ?


Depuis qu’il côtoie Sara, jeune française bénévole à Arequipa, Anderson songe à l’Europe. La belle histoire ressemble au scénario d’une bobine primée au Festival de Cannes... Mais quelle voie suivre ? Où trouver l’argent pour y parvenir ? Et sur place, quelles garanties ? Sera-t-il mieux accueilli ? Changer de continent pourrait revenir à téléporter ce calvaire, et effacer les quelques repères et attaches qu’il conserve encore. Eduardo, ancien miliaire vénézuélien converti en manutentionnaire à Arequipa, pense suivre la trace de ses frères qui travaillent désormais en Espagne ou en Allemagne. C’est là le meilleur moyen de trouver des conditions de vie correctes. Derrière leur survie personnelle, il faut continuer à envoyer de l’argent à la famille restée au pays. Les minimas sociaux européens permettraient de joindre les deux bouts. Il est donc prêt à franchir le pas et l’océan.


Revenir au Venezuela ?


L’idée pourrait être tentante. Rejoindre familles et lieux connus. Mais regardons la réalité en face ; retrouver l’une comme les autres est improbable. Leurs familles sont dispersées, le pays oscille entre régime de la peur et anarchie : que pourraient-ils retrouver dans leur quartier, aujourd’hui considéré comme l’un des plus dangereux du Venezuela ? Revenir sur ses pas s’impose comme un mirage tant que la situation politique et économique du pays demeure inchangée. Parmi leurs amis, la plupart n’ont pas pu renouveler leurs permis de séjour sur le territoire péruvien : ils jouent l’équilibre sur le fil de la légalité. Les entreprises dans lesquelles ils tentent de dégoter un emploi le savent bien, et elles en profitent allègrement pour abuser de la précarité juridique et financière des réfugiés vénézuéliens. Cependant, c’est « moins pire qu’ailleurs »...


Emportés par le courant


Au Pérou, les Vénézuéliens sont mal vus. A croire que dès qu’une communauté tente sa chance dans un ailleurs, elle ne peut être bien perçue. Une tatoueuse d’Arequipa témoigne auprès d’étudiants français. « Il y a beaucoup de Vénézuéliens, ici. Ce sont eux qui violent, dérobent... Ils sont dangereux, ils ne sont pas les bienvenus ». Elle s’excuse presque, prétextant le fameux refrain qu’ironiquement les xénophobes de tous les pays partagent : « il y en avait moins avant et c’était mieux ». Selon les différentes estimations, on compte près de neuf cent mille Vénézuéliens sur le territoire péruvien en 2019. Ils étaient moins de sept mille en 2016. Aujourd’hui, Anderson, Eduardo et tant d’autres semblent échoués au Pérou. Jusqu’à ce que le courant les emporte sur un récif plus hospitalier...


Gauthier Ratinaud

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout